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Taux de fréquence, taux de gravité : les calculer, et voir ce qu'ils ne disent pas

Les deux formules tiennent en trois lignes. La donnée qui coince est ailleurs, le piège de comptage fausse tout, et le chiffre qui prévient vraiment n'est ni l'un ni l'autre.

Doddee
Doddee
18 septembre 2026
Rangées de casques de chantier jaunes accrochés à un support mural
Dans cet article

La question arrive rarement à froid. Elle arrive après un accident, quand il faut expliquer ce qui s'est passé. Elle arrive par la médecine du travail ou par l'assureur. Ou elle arrive au milieu d'un questionnaire client, dans une case intitulée « taux de fréquence », que personne n'a jamais remplie.

Les formules tiennent en trois lignes et vous les avez tout de suite. La vraie difficulté est ailleurs : une donnée que personne ne sort spontanément, un piège de comptage qui fausse tout, et un troisième chiffre que presque personne ne tient alors qu'il prévient mieux que les deux autres.

Taux de fréquence, indice de fréquence, taux de gravité des accidents du travail : les trois formules

IndicateurFormuleSur l'exemple ci-dessousLe piège
Taux de fréquence(accidents avec arrêt × 1 000 000) ÷ heures travaillées67Utiliser les heures contractuelles au lieu des heures travaillées
Indice de fréquence(accidents avec arrêt × 1 000) ÷ effectif100Ignore le temps partiel, l'intérim et les variations d'activité
Taux de gravité(jours perdus × 1 000) ÷ heures travaillées1,5Compter les jours calendaires au lieu des jours d'arrêt indemnisés
Les multiplicateurs sont des conventions d'échelle, pas des coefficients : ils servent à obtenir un nombre lisible.

L'exemple, pour ancrer l'ordre de grandeur. Une entreprise de 20 personnes à temps plein, soit environ 30 000 heures travaillées dans l'année une fois les congés et les absences déduits, connaît 2 accidents avec arrêt qui entraînent 45 jours d'arrêt au total.

  • Son taux de fréquence vaut (2 × 1 000 000) ÷ 30 000, soit environ 67.
  • Son indice de fréquence vaut (2 × 1 000) ÷ 20, soit 100.
  • Son taux de gravité vaut (45 × 1 000) ÷ 30 000, soit 1,5.

Attention à la lecture : ces trois nombres ne se comparent pas entre eux. Ils décrivent la même réalité avec trois dénominateurs différents, et seule leur évolution respective a du sens.

Trois définitions, pour être net. Le taux de fréquence est le nombre d'accidents du travail avec arrêt pour un million d'heures travaillées. L'indice de fréquence est le nombre d'accidents du travail avec arrêt pour mille salariés. Le taux de gravité est le nombre de journées d'arrêt pour mille heures travaillées.

Le chiffre isolé ne vous apprendra rien. C'est sa trajectoire, à méthode de comptage constante, qui dit si votre prévention porte. Cette trajectoire a sa place dans un tableau de bord, à côté du reste, pas dans un fichier isolé.

Pourquoi commencer cette année, et pas l'an prochain

Ces trois indicateurs ont une propriété désagréable : ils ne se reconstituent pas. Vous pouvez retrouver un chiffre d'affaires d'il y a cinq ans ; vous ne retrouverez jamais les heures travaillées d'une année que personne n'a relevée, ni les quasi-accidents que personne n'a écrits. Chaque année non comptée est définitivement perdue pour la comparaison.

Le cadre réglementaire va dans le même sens. Les articles L4121-1 à L4121-3 du code du travail imposent l'évaluation des risques à tout employeur, et l'article R4121-1 sa transcription dans un document unique, dès le premier salarié. Depuis la loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail, ses versions successives doivent être conservées au moins quarante ans, l'obligation de mise à jour annuelle étant allégée pour les entreprises de moins de onze salariés.

Quarante ans de versions successives, c'est la durée d'une carrière. Cela change la nature de l'exercice : le document unique n'est plus un fichier qu'on refait, c'est un historique qu'on tient.

Si vous ne savez pas encore où vous en êtes sur l'ensemble de vos sujets, le check-up RSE pose dix questions et dure cinq minutes, dans l'interface réelle du logiciel.

Où trouver les heures réellement travaillées

C'est le point où la plupart des calculs déraillent. Les heures travaillées ne sont ni l'effectif multiplié par 35, ni le total des heures contractuelles. Ce sont les heures effectivement travaillées : absences déduites, heures supplémentaires comprises, intérimaires inclus si vous les comptez aussi dans les accidents.

Cette donnée existe, elle est à la paie, et elle ne sort pas d'elle-même. Demandez-la en précisant le périmètre, puis écrivez la règle que vous avez retenue. Une méthode discutable mais stable produit une courbe exploitable ; une méthode irréprochable changée en cours de route ne produit rien du tout.

Trois questions à trancher avant le premier calcul

  1. Comptez-vous les intérimaires et les apprentis ? Si oui, leurs heures doivent figurer au dénominateur, sinon le taux gonfle artificiellement.
  2. Un accident sans arrêt entre-t-il dans le compte ? Par convention, non pour le taux de fréquence. Notez-le quand même dans une colonne à part : il vous servira ailleurs.
  3. Les jours perdus sont-ils les jours d'arrêt prescrits ou les jours ouvrés réellement perdus ? Un arrêt de quinze jours prescrit un vendredi ne fait pas perdre quinze jours de travail. Les deux règles se défendent, une seule doit être retenue et écrite.

Le piège du trajet

Un accident sur le chemin du travail est pris en charge au titre du risque professionnel. Il n'a pourtant rien à faire dans votre taux de fréquence.

La raison est simple : vous n'agissez ni sur la route, ni sur la météo, ni sur la conduite d'un automobiliste. Mélanger les deux revient à ajouter du bruit au seul signal que vous cherchez, celui de la sécurité de vos propres postes. Suivez les accidents de trajet, dans une colonne distincte. S'ils augmentent, la question à poser porte sur vos horaires, vos tournées ou vos déplacements, pas sur vos machines.

Ce que ces deux chiffres ne disent pas

Il faut être net là-dessus, parce que c'est la limite de la méthode et non celle d'un outil.

Un taux de fréquence mesure ce qui a déjà blessé quelqu'un. C'est un indicateur de constat, pas de prévention. Il descend quand rien ne s'est produit, y compris quand rien ne s'est produit par chance. Sur une petite structure, il varie violemment : passer de un à deux accidents double le taux sans qu'aucune conclusion statistique soit possible.

Un taux de gravité en hausse pendant que le taux de fréquence baisse n'est pas une contradiction : cela veut dire moins d'accidents, mais plus sévères. C'est même le scénario le plus fréquent quand on traite d'abord les petits risques.

Enfin, les deux chiffres peuvent baisser pour une mauvaise raison : parce que les déclarations se raréfient. Une baisse trop nette mérite d'être regardée en face avant d'être célébrée.

Le troisième chiffre, celui que presque personne ne tient

L'enquête menée après un accident retrouve presque toujours les signaux qui l'annonçaient. La glissade sans chute du mois dernier. Le carter qui bougeait. La rallonge en travers du passage. Trois événements que personne ne comptait, jusqu'à ce que le quatrième compte pour de bon.

Ouvrez un registre des quasi-accidents et des situations dangereuses. Chaque signalement décrit le fait, le lieu, la date, et déclenche une action corrective tracée. C'est le seul indicateur de la série qui précède l'accident au lieu de le constater, et le seul dont la hausse est une bonne nouvelle.

Il a une condition de survie, et une seule : zéro blâme. Celui qui signale rend service. Celui qu'on réprimande pour avoir signalé sera le dernier à le faire. On cherche les causes, jamais les coupables. Un registre vide au bout de trois mois ne dit pas que tout va bien, il dit que personne n'ose écrire.

Chaque signalement pose ensuite la même question au document unique : le risque était-il évalué, et la mesure prévue était-elle appliquée ? Si la réponse est non, l'évaluation se met à jour et le plan d'actions grossit. Chaque action porte alors un responsable, une échéance et un statut, et le nombre d'actions ouvertes, en retard et soldées devient votre quatrième chiffre. Un plan d'actions qui ne diminue jamais dit quelque chose que les taux d'accidents ne disent pas encore : c'est ce que suit un plan d'actions RSE tenu au même endroit que le reste.

Quand ces chiffres deviennent une réponse

Calculer un taux de fréquence est facile. Le retrouver dix-huit mois plus tard, avec la même méthode, les pièces qui le justifient et les actions qu'il a déclenchées, l'est beaucoup moins. C'est pourtant sous cette forme, et sous cette forme seulement, qu'ils servent à quelque chose en dehors d'eux-mêmes : une réponse à un questionnaire client, un échange avec l'assureur, un argument d'embauche dans un métier en tension.

Doddee est le logiciel de pilotage RSE des entreprises qui n'ont pas de service dédié : les formules y sont déjà posées, les preuves se rattachent aux chiffres, et rien n'est à reconstituer l'année suivante. Dans Doddee, le taux de fréquence et le taux de gravité ne se saisissent pas : ils se calculent. Ce sont des indicateurs en mode calculé, dont la formule est déjà posée dans le catalogue : accidents avec arrêt × 1 000 000 / heures travaillées pour l'un, jours perdus × 1 000 / heures travaillées pour l'autre. Vous saisissez les trois données sources, et comme les heures travaillées sont partagées entre les deux indicateurs, vous ne les entrez qu'une fois. Chaque indicateur porte son unité, sa fréquence et son objectif chiffré. Si votre métier réclame un indicateur absent du catalogue, vous le créez, en saisie directe ou avec votre propre formule.

Les pièces qui documentent tout cela, déclarations, comptes rendus d'analyse, attestations de formation, se rattachent aux actions qu'elles prouvent plutôt que de vivre dans une boîte mail : c'est le rôle des justificatifs. Le jour où un client vous demande vos indicateurs sécurité, vous n'avez rien à reconstituer. C'est la même mécanique que pour répondre à un appel d'offres RSE sans repartir de zéro.

Pour voir ce que cela donne sur vos propres chiffres, l'essai autonome ouvre un espace complet pendant 14 jours, sans carte bancaire : créer mon espace d'essai. Au terme des 14 jours, l'espace passe en lecture seule et l'activation est faite par l'équipe. Si vous préférez qu'on vous montre d'abord, réservez une démo.

Le calcul à faire cette semaine

Prenez l'année dernière. Comptez vos accidents avec arrêt, additionnez les jours perdus, demandez les heures travaillées à la paie. Posez les deux divisions. Vous avez vos deux taux.

Puis posez la question qui compte vraiment, en réunion d'équipe : combien de fois, cette année, quelqu'un est-il passé tout près sans que personne ne l'écrive nulle part ?

Le nombre de signalements écrits, lui, vous le connaissez déjà. C'est zéro. C'est là que commence le travail.

Ce que votre entreprise y gagne

  • Gouvernance
  • Productivité
  • Attractivité

Ce que la société y gagne

  • Santé et sécurité
  • Sensibilisation interne

Sources

Code du travail, articles L4121-1 à L4121-3 et R4121-1 à R4121-4 : obligation générale de sécurité, évaluation des risques et transcription dans le document unique.

Loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail, article 3 : conservation des versions successives du document unique pendant au moins quarante ans, et allègement de l'obligation de mise à jour annuelle pour les entreprises de moins de onze salariés.

Définitions usuelles du taux de fréquence, de l'indice de fréquence et du taux de gravité, telles qu'employées par les organismes de prévention et reprises dans le catalogue d'indicateurs Doddee.

Crédits

Questions fréquentes

Les réponses courtes aux questions que l'on se pose le plus sur ce sujet.

Comment calcule-t-on le taux de fréquence des accidents du travail ?
Le taux de fréquence rapporte le nombre d'accidents du travail avec arrêt à un million d'heures travaillées : accidents avec arrêt multipliés par 1 000 000, divisés par les heures travaillées sur la période. Deux accidents avec arrêt pour 30 000 heures travaillées donnent un taux de fréquence d'environ 67. Le million n'a rien de magique : c'est une convention d'échelle, choisie pour que le résultat soit un nombre lisible plutôt qu'une suite de zéros après la virgule. La seule règle qui compte est de garder la même méthode de comptage d'une année sur l'autre.
Quelle différence entre taux de fréquence, indice de fréquence et taux de gravité ?
Les trois mesurent des choses différentes. Le taux de fréquence compte les accidents par million d'heures travaillées : il répond à la question de l'exposition réelle. L'indice de fréquence compte les accidents pour mille salariés : il est plus simple à obtenir, mais il ignore le temps partiel, l'intérim et les variations d'activité. Le taux de gravité, lui, ne compte pas les accidents mais les jours d'arrêt qu'ils entraînent, pour mille heures travaillées. Une entreprise peut très bien voir son taux de fréquence baisser et son taux de gravité monter : cela veut dire moins d'accidents, mais plus graves.
Où trouver les heures réellement travaillées ?
À la paie, et nulle part ailleurs. C'est la donnée qui bloque le plus souvent, parce que personne ne la sort spontanément : il ne s'agit ni de l'effectif multiplié par 35 heures, ni des heures contractuelles, mais des heures effectivement travaillées, absences déduites, heures supplémentaires comprises. Demandez explicitement ce périmètre, et écrivez la règle retenue quelque part. Si vous changez de règle en cours de route, votre courbe ne veut plus rien dire.
Faut-il compter les accidents de trajet ?
Suivez-les, mais dans une colonne à part, et ne les intégrez pas au taux de fréquence. Un accident de trajet domicile-travail est bien pris en charge au titre du risque professionnel, mais il ne mesure pas la sécurité de vos postes : vous n'agissez ni sur la route, ni sur la météo, ni sur la conduite d'un tiers. Les mélanger revient à noyer le signal que vous cherchez. En revanche, si leur nombre grimpe, c'est peut-être vos horaires ou vos déplacements qu'il faut regarder.
Un bon taux de fréquence, c'est combien ?
La question se pose mal. Un taux de fréquence isolé ne dit presque rien : il dépend du métier, de la part de manutention, de la pyramide des âges et de la façon dont vous comptez. Le seul repère qui vaut est votre propre trajectoire, sur trois ou quatre ans. Comparez-vous à vous-même avant de vous comparer à un secteur, et méfiez-vous d'une baisse trop nette : elle signale parfois que les accidents ne sont plus déclarés, pas qu'ils n'ont plus lieu.
Faut-il un logiciel pour suivre ces indicateurs ?
Non, un tableau suffit à calculer un taux de fréquence. Le logiciel devient utile plus tard, quand ces chiffres doivent servir à autre chose qu'à eux-mêmes : être rattachés aux actions de prévention qu'ils ont déclenchées, aux pièces qui les documentent, et ressortir tels quels dans une réponse client. Dans Doddee, le taux de fréquence et le taux de gravité sont des indicateurs calculés : vous saisissez les accidents, les jours perdus et les heures travaillées, le reste se déduit et se rejoue chaque année.

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